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Titre du blog : La pratique du communisme selon marx
Auteur : lapratiqueducommunisme
Date de création : 17-11-2010
 
posté le 17-11-2010 à 11:47:51

A.1 Le prolétariat au Lendemain de la révolution

«  […] Les révolutions prolétariennes, au contraire, comme celles du XIXéme siècle, se soumettent elles même à une critique permanente, ne cessent d’interrompre leur propre cours, reviennent sur ce qui semble déjà avoir été acquis, pour le recommencer une fois de plus, raillent sans complaisance les vieilleries, faiblesses et misères de leurs premières tentatives, semblent n’assommer leur adversaire que pour le lasser tirer du sol des forces nouvelles et se redresser encore grandi en face d’elles, ne cessent de reculer devant l’immensité chaotique de leurs propres buts. »

18 Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, Gallimard La Pléiade, 1994, Chap.1, p.441


Dans ce passage, Marx analyse donc le comportement du prolétariat. Ce dernier est, comme dans toutes révolutions, le bras armé qui envahi puis renverse la classe dominante par la force. Il est, a priori, la classe qui est la plus victorieuse, la plus valeureuse et donc celle qui est amenée de prendre le pouvoir. Toute révolution est alors avant tout, une révolution prolétarienne. C'est-à-dire que puisque la prise de pouvoir, par les armes, est toujours l’acte du peuple des villes (puisque le pouvoir se concentre toujours en ville), c’est donc le prolétariat qui possède en premier le pouvoir. Cependant au lieu d’avancer dans un sens significatif afin de garder le pouvoir, Marx nous apprend que le prolétariat se remet sans cesse en question. L’objectif de ce dernier est alors de faire le mieux possible. Il applique à leur action « une critique permanente ». Il n’accepte donc aucune action sans remettre en cause directement sa valeur. Il n’accepte une action seulement si cette dernière a établi son propre processus rationnel et rigoureux. Le prolétariat fait alors preuve d’esprit critique sur ses propres actions. Cette attitude peut sembler pour le moins des plus vertueuses car elle fait ressortir directement les qualités et les défauts de ses actions. De plus il est sûr de mettre en accord sa volonté et ses actes. Les prolétaires agissent alors le plus rationnellement possible. C’est pourquoi les prolétaires rient, selon Marx, de leurs anciennes tentatives car ils perçoivent la véritable mesure de leurs anciennes actions. Cependant, en réalité, une telle attitude dans de telles circonstances est des moins appropriées. En effet le prolétariat permet ainsi à ses adversaires de s’organiser et de se rapprocher du pouvoir. A l’heure actuelle, le prolétariat risque alors bien plus que le ridicule ou la bêtise de ses actions, il risque de subir une contre révolution.

Le prolétariat avait certes pris le pouvoir, mais il n’a jamais cherché à éliminer ses anciens alliés. En se penchant sans cesse sur la légitimité et la rationalité de ses actions, le prolétariat n’use pas du pouvoir qu’il possède et n’avance que très lentement vers le but qui est le sien. Pire même, Marx affirme que les prolétaires ne « cessent de reculer devant l’immensité chaotique de leurs propres buts ». Ces buts sont qualifiés d’immenses et de chaotiques car le prolétariat, au lendemain de la révolution, ne sait déjà pas comment agir. Le chemin futur, qui doit permettre d’assumer le développement d’un Etat prolétarien, semble alors non seulement lointain mais aussi impossible. De plus son avenir est d’autant plus chaotique qu’il ne voit pas monter en puissance ses adversaires qui ne perdent pas d’énergie à se remettre en question. Le pouvoir venant juste d’être acquis, il est alors d’autant plus fragile. Les anciens alliés du prolétariat sont toujours d’une certaine manière armés et organisés pour prendre le pouvoir. Ce n’est alors probablement pas le moment de faire preuve de faiblesse en cessant constamment l’évolution des actions, qui visent, rappelons le, l’intérêt du prolétariat. L’esprit critique est ici vu comme une faiblesse car ce n’est pas l’action appropriée par rapport aux circonstances présentes. Au contraire, l’esprit critique est ce qui conduira le prolétariat vers sa chute. L’avenir du prolétariat est donc chaotique car la petite et grande bourgeoisie a tout le loisir de s’organiser pour prendre le pouvoir et le prolétariat n’a pas l’esprit à les empêcher. Le prolétariat est trop occupé à réaliser ses actions pour voir la menace grandissante. Ainsi naturellement:


« Tandis que le prolétariat parisien s’enivrait encore des perspectives grandioses qui s’étaient ouvertes devant lui et s’abandonnait à de graves discussions sur les problèmes sociaux, les anciennes forces sociales s’étaient groupées, rassemblées, concertées, et elles trouvaient un appui inattendu dans les masses de la nation, les paysans et les petits bourgeois, qui tous à la fois envahirent brusquement la scène politique. »

Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, Gallimard La Pléiade, 1994, Chap.1, p 442


Ce qui devait se produire se produisit. Le prolétariat, en prenant le pouvoir, pouvait alors diriger à sa guise la société. Les perspectives qui s’offraient à lui étaient pourtant immenses car il tenait entre ses mains tous les pouvoirs et aucune instance répressive ou force politique pouvait lui faire barrage. C’est alors le moment où le prolétariat devait choisir la voie qu’il désirait suivre. Mais puisque l’éventail de possibilités est infini et que le prolétariat est, rappelons le, la somme des hommes qui doivent travailler pour vivre, alors il ne peut parler d’une seule voix. Une période de grandes discutions naît sur la direction à emprunter, car il n’y a pas de parti puissant pour les diriger. Les problèmes sociaux ici évoqués par Marx ne sont rien d’autre que les diverses chemins à emprunter pour abolir l’aliénation du capital subi par le prolétariat et pour trouver une solution pour l’émancipation totale des travailleurs. Par conséquent, ces « problèmes sociaux » sont une recherche de leurs propres buts et de leurs propres chemins à suivre. Nous pouvons déjà affirmer que le prolétariat ne pouvait être mur pour une prise de pouvoir. Non seulement il n’a pas encore pris conscience de son objectif, puisqu’il se remet constamment en question, mais aussi parce qu’il ne s’est pas organisé en instance politique capable de construire une politique immédiate et postrévolutionnaire. Le prolétariat n’a alors ni de conscience politique, ni un d’objectif déterminé. Alors ce qui devait arriver arriva.

Les anciennes forces sociales se sont « groupées, rassemblées, concertées ». Les forces sociales dont parle ici Marx, sont les anciens partenaires de révolution du prolétariat. Ils ont aussi joué un grand rôle dans la révolution car ils ont rassemblé autour d’eux un certain nombre de partisans. Ces anciens alliés sont donc des forces sociales dans la mesure où elles sont encore capables d’agir et de faire pression sur la société et donc sur le pouvoir en place. Par ailleurs la suite des événements constitue la preuve de leur force sociale. Dans ce groupe d’opposition, nous trouvons, à sa tête, la grande bourgeoisie républicaine, qui protège ses intérêts contre le prolétariat, mais aussi la petite bourgeoisie dont l’objectif est de ne surtout pas tomber dans le prolétariat, ainsi que la paysannerie qui, à cette époque, représente 60% de la population. Cette dernière désir acquérir les terres qu’elle travaille et donc elle désire la propriété privée, concept qui est défendu par la bourgeoisie. Pour comprendre ceci, il faut rappeler qu’au XIX° siècle, 50% de la terre des paysans appartenaient à la noblesse et au clergé. Les autres paysans qui ne sont pas concernés par ce désir de terre, ne désirent alors rien d’autre que de garder leur propriété. Nous pouvons supposer que cette désapprobation massive vient soit de la propagande de la bourgeoisie (qui possède les moyens financiers pour une telle action), soit d’une incompréhension massive des actions du prolétariat, voire même des deux à la fois. Le fait qu’une grande partie de la population soit organisée et hostile au prolétariat et que le prolétariat n’agisse non seulement mollement dans ses actions politiques, mais aussi qu’il ne s’occupe pas de ses ennemis, entraine nécessairement le renversement du pouvoir établi. Nous passons donc au développent historique suivant : de la révolution à la contre-révolution.